marillion >>> "Marbles" >>> Version 2 CD
par Christophe Demagny
Quelle fierté ! Quelle fierté d'aimer et supporter un groupe produisant une telle musique, qui nous propose aujourd'hui un tel album ! Plus de 15 ans après la découverte d'un groupe, quel fan peut se targuer d'être encore si ébloui, surpris et transporté par la nouvelle œuvre de son groupe fétiche ?
Comme au premier jour …
Tous les éléments étaient bien sûr réunis : temps " illimité " de studio, Dave Meegan à la production, la confiance des fans … On le sentait venir … Mais tout de même ! L'épreuve du double album reste une des plus périlleuses de l'histoire de la musique rock/pop (ou le nom que l'on veut bien lui donner). Souvent critiqué pour cause de fourre-tout, le travers à éviter reste souvent une certaine incohérence globale, de ne pas faire regretter un non-choix qui aurait permis un album simple bien meilleur. La référence, dans le domaine, le seul double réellement placé sur un piédestal, est ainsi " le double blanc " des Beatles. Et la comparaison est ici assez intéressante … en espérant qu'il ne s'agisse pas d'un chant du cygne comparable :o)
Ce qui saisit d'entrée, c'est l'unité du disque et sa diversité. Paradoxe ? Pas tant que cela. Cette unité n'a pourtant rien à voir avec celle de " Brave ", pas de concept ici mais une thématique. On ne retrouve ainsi pas la tristesse harmonique du chef d'œuvre de 1994 (ou en de rares occasions). L'impression globale est certes à la désillusion, l'amertume, une forme de désarroi chère au groupe et à h en particulier, mais aussi à une forme d'apaisement dans certains titres (Angelina, Genie, Fantastic Place). Encore un paradoxe. En tout cas, une cohérence impressionnante, une production foisonnante et un album excessivement travaillé et réfléchi !
Alors, comme toujours, le groupe propose un changement dans la continuité. On y retrouve tout un tas d'éléments spécifiques (les envolées lyriques, les titres plus abordables, les futures pièces maîtresses) mais aussi de nouveautés et de nouvelles pistes. " Marbles " est la suite logique d'Anoraknophobia de par sa recherche sonore et sa modernité mais en diffère aussi sensiblement. Moins de " tourneries " (cf. " Quartz ").
Pour schématiser, d'un point de vue musical, il est facile d'identifier quatre grandes pistes : les morceaux psyché/60s (Genie, Damage, Drilling Holes), les " singles " (Don't Hurt Yourself, You're Gone), les " plus classiques " (Ocean Cloud, Neverland) et les " nouveautés " (Fantastic Place, Angelina … que l'on peut affilier à la première moitié de " When I Meet God ").
Tout ceci commence par Invisible Man, longue pièce épique, idéale en ouverture. En effet, l'ambiance générale de l'album est ici bien synthétisée. Paroles sombres, multitude d'effets sonores. Ce titre est tout en retenu, ne " se lâche " jamais vraiment. A la première écoute, un certain déficit mélodique largement compensé par la suite peut apparaître. De même, à la différence de Ocean Cloud ou Neverland, on a un peu l'impression de passer du coq à l'âne, tant le morceau semble segmenté, pas de thème récurrent et des transitions réduites au minimum syndical. Le passage piano / voix est en revanche déjà du (très) grand art avant un final pas très surprenant. Un premier frisson.
Ensuite, c'est la grande plongée en apnée ! Plongée dont on ne ressortira pas avant The Damage. Marbles I, intermède que l'on retrouve décliné en quatre parties, réparties tout au long de l'album, fait office de " passage ". Un exercice de style original et permettant d'offrir une vision nouvelle des capacités du groupe. Les trois morceaux suivants constituent une véritable épine dorsale : très " chiadés " et aux mélodies ultimes ! Genie, avec ses airs de ne pas y toucher (sous des dehors proprets, limite tubesque et assez rétro) est merveilleusement construite et onirique à souhait. Un enchevêtrement de mélodies (ce petit passage vocal doublé !). Fantastic Place ….ah …. Un des refrains les plus prenant de l'histoire du groupe tout simplement, toujours dans une veine assez éthérée et avec un côté bluesy (la guitare) que l'on retrouve dans tout l'album. Enfin, Unforgivable Thing, où l'on revient en territoire (un peu) plus connu avec ses cassures rythmiques et le lyrisme ultime de h. De grandes performances vocales et instrumentales. Utile respiration avec Marbles II (intro très similaire à la fin de … " Cannibal Surf Babe ") et … le chef d'œuvre ! Ocean Cloud ! Rien à ajouter, conclusion parfaite à un premier CD traumatisant. Petit clin d'œil à " Misplaced Childhood " avec la partie arpèges/batterie. Tout est ici idéal : chaque section, l'agencement, la force harmonique, la production. Le grand huit !
Le deuxième CD s'ouvre " gentiment " par Marbles III (probablement mon préféré) avant de s'orienter vers la partie la plus expérimentale et agitée de " Marbles ". The Damage reprend ainsi le thème de Genie, créant un lien bienvenu avec le reste du mastodonte. Le décalage de ce morceau très 60s devient alors très pertinent, se positionnant en contrepoint, presque une relecture divulguant le champ des possibles d'une telle œuvre. Don't Hurt Yourself suit logiquement : plus pop et parfait ! Irrésistible, un single en puissance, à situer dans le prolongement d'un Map of the World. You're Gone (le single), qui aurait pu être difficile à placer dans un tel contexte, arrive idéalement, lui aussi. Morceau peut être moins immédiat mais au final très entêtant. Amusant, la mélodie guitare au e-bow a des airs de famille avec le thème de Lady Nina (non, je n'ai rien fumé !). Angelina vient définitivement faire le lien avec le CD 1. Dans la lignée de Fantastic Place et Unforgivable Thing. Une mélodie qui met quelques minutes à se dessiner dans une ambiance très jazzy, toujours très calme, avant de trouver une apothéose impressionnante dans son refrain bouleversant, presque apaisé. Les chœurs féminins apportent la touche qui fait la différence ! Révélateur du fonctionnement marillionien, on peut même entendre une " fausse " note dans le solo de Rothery ! Vous avez dit spontané ? :o) Drilling Holes clôt l'ensemble de cette partie par un retour encore plus prononcé de la face psychédélique beatlessienne du groupe. Un See Emily Play Floydien moderne ! Surprenant au départ, équilibrant au final, diversifiant encore les impressions ressenties (ce passage central déjanté au clavecin !). Nouvelle transition Marblesienne et … Neverland ! Définitif, déjà un classique ! Dés les premiers accords de piano, on se retrouve plongé dans le cérémonial, une solennité évoquant presque les breaks d'Incubus (non, non, toujours rien fumé le gars !). Magnifique thème de guitare et le " faux-écho " vocal final … L'abysse de l'âge adulte ? La fin des illusions, qui résonnent encore …
Le retour à la réalité se fait doucement … tout doucement. Accompagné des clochettes de la fin d'un rêve … En était-ce un ?
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